Accumuler avant d’écrire : l’anticipation du récit
Pourquoi accumuler avant d’écrire ?
Accumuler sans écrire, jusqu’à ce que le monde du roman devienne plus réel que le monde extérieur.
Beaucoup d’auteurs débutent leur roman en pensant qu’il suffit d’une idée et d’un plan pour avancer. La réalité en est autrement : le matériau narratif doit d’abord être collecté, observé, accumulé. Notes, lectures, conversations, expériences vécues…Tout devient source d’inspiration et matière romanesque.
Comme le dit Emmanuel Carrère : un roman commence par l’amas de curiosités et d’obsessions, avant même d’écrire la première phrase.
Simenon parlerait de l’accumulation invisible. Georges Simenon affirmait souvent écrire très vite. Mais ce qu’on oublie, c’est que l’écriture rapide est précédée d’une longue phase d’imprégnation. Avant de commencer un roman, il observait longuement les lieux, se promenait dans les villes où se déroulerait l’intrigue, notait des gestes, des visages, des manières de parler, s’imprégnait d’une atmosphère jusqu’à saturation. Quand il se mettait enfin à écrire, tout était déjà là — non pas sous forme de plan, mais sous forme de densité intérieure.
À l’opposé de Simenon, Gustave Flaubert accumulait jusqu’à l’excès. Pour Madame Bovary ou Salammbô, il lisait des piles entières de documents, notait des détails médicaux, historiques, géographiques, cherchait le mot juste, même pour un détail infime. Mais cette accumulation n’était pas là pour être montrée. Elle servait à donner au texte une solidité invisible. Pour Flaubert, le lecteur ne doit pas voir l’effort. Il doit croire que le monde du roman existe naturellement.
W. G. Sebald est un cas fascinant : de l’accumulation par dérive et association. Il accumule : des photographies, des souvenirs fragmentaires, des récits historiques, des errances personnelles. Chez lui, l’accumulation n’est ni linéaire ni organisée. Elle fonctionne par association libre, comme la mémoire humaine. Le roman se construit alors comme une constellation : chaque élément semble isolé, mais tous participent à une même atmosphère mentale. Son conseil : Accumuler sans hiérarchie immédiate, en faisant confiance aux liens invisibles.
C’est une méthode précieuse pour ceux qui écrivent de façon intuitive ou fragmentaire.
La patience comme moteur
Carrère illustre parfaitement cette approche.
Avant L’Adversaire, il a passé sept ans à accumuler notes, documents judiciaires, articles et anecdotes. Le roman n’est pas une invention pure, mais le résultat d’une exploration minutieuse d’un sujet réel. Le matériau collecté lui permet de plonger profondément dans la psychologie des personnages et de créer une intrigue cohérente et vivante.
Son conseil : avant de commencer à écrire, remplissez votre carnet de matière brute, sans contrainte. Chaque détail observé peut devenir un élément narratif.
Pour c’est est aussi cela, avec l’exception que lui, il accumule le temps avant le récit. Chez Marcel Proust, l’accumulation est d’abord intérieure. Avant À la recherche du temps perdu, il a vécu, observé, mémorisé, laissé reposer les expériences pendant des années. Et quand finalement il écrit, il ne raconte pas un souvenir brut, mais le souvenir travaillé par le temps. Son conseil : laisser les expériences mûrir, se transformer, se charger de sens.
Transformer le quotidien en fiction
Jim Harrison travaillait souvent à partir du quotidien et des expériences personnelles : Les petits gestes, conversations et observations deviennent des scènes.
Dans Dalva, l’héroïne est née d’une rêverie prolongée et d’un mélange subtil entre réel et imagination. Harrison illustre comment accumuler, même de façon informelle, crée un réservoir de matière romanesque inépuisable.
Annie Ernaux accumule le réel brut. Elle commence presque toujours par des fragments de réel : souvenirs précis, scènes ordinaires, détails sociaux, sensations corporelles. Elle ne cherche pas l’intrigue. Elle accumule des faits, des gestes, des paroles, jusqu’à ce qu’une ligne de force apparaisse. L’accumulation du réel permet de révéler des structures sociales profondes. Son conseil : Noter le réel sans chercher à le transformer immédiatement. La littérature vient après, pas avant.
Inspiration et rêverie
Pour Claire Barré, l’écriture commence parfois par la rêverie et la fixation sur un détail concret : Elle a imaginé un visage indien pendant des semaines avant de le transformer en personnage principal. Cette fixation crée un fil directeur invisible, qui guidera toute l’écriture du roman.
Astuce pratique : gardez vos rêves, images, idées fugitives dans un carnet ou un fichier. Elles deviennent le socle de votre univers romanesque.
Pourquoi accumuler favorise la créativité
Accumuler ne sert pas seulement à collecter du contenu. Cela libère l’esprit au moment d’écrire, car les idées sont déjà là. Cela permet de créer des liens inattendus entre faits, émotions et personnages, et partant favorise l’originalité, car vos créations naissent de votre expérience unique et de vos observations personnelles.
Ce que tous ces auteurs ont en commun ?
Qu’ils soient rapides ou lents, organisés ou intuitifs, tous partagent une conviction profonde : L’écriture ne commence pas avec la première phrase. Elle commence bien avant, dans l’observation, la collecte, la rêverie, l’imprégnation, le silence parfois,…
C’est précisément cette phase invisible que beaucoup d’écrivants sautent… et c’est aussi celle qui fait toute la différence entre un texte fragile et un texte habité.
L’atelier comme creuset d’ignition
Accumuler c’est bien. Mais accumuler, c’est aussi se perdre plus facilement.
À L’Atelier d’Ailleurs ou la fabrique de l’Imaginaire, cette phase est accompagnée. On apprend à reconnaître ce qui est fécond, à distinguer l’accumulation fertile de la dispersion, et à aller à l’essentiel. L’atelier n’accélère pas artificiellement. Il évite l’épuisement inutile et permet à l’écriture d’émerger au bon moment.
Vous n’êtes plus seul(e)s face à vos idées dispersées. Vous êtes guidé(e)s pour transformer l’accumulation en création. Vous progressez concrètement, étape par étape, dans votre projet de roman.
L’Atelier d’Ailleurs ou la fabrique de l’Imaginaire
📍 Marseille, en présentiel
📅 Un vendredi par mois
📖 Débutants et écrivants confirmés
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